Gastornomie | à propos | Linda

Gastornomie

Une goutte de dyslexie gustative, dans un bol d'umami.

Mon père qui était sourd et un peu myope adorait lire les paroles des chansons qu’il n’entendait pas. Sa chanson favorite était Le téléfon de Nino Ferrer, surtout pour son refrain qui le faisait beaucoup rire :
Gaston y'a l'téléfon qui son'
Et y'a jamais person' qui y répond

Le problème est que sa myopie lui faisait lire Gastor et non Gaston.

Ma mère, était beaucoup plus myope que mon père mais moins sourde que lui. Les seules voix qu’elle arrivait à entendre étaient celles des contre-ténors comme Alfred Deller ou Klaus Nomi. Elle adorait ce dernier qu’elle prenait pour une fille et dont elle écrivait le nom avec un e à la fin : Nomie.

Mon père voulait un garçon et ma mère, une fille. Tandis qu’ils me cherchaient un prénom, mon père choisi Gastor et ma mère dit Nomie. Pour éviter les disputes ce fut Gastornomie.

Je vous l'accorde, c'est une bien étrange histoire!

Étrange histoire, d’autant plus qu’avec cet aptonyme, tout comme les courses l’étaient pour Omar Sharif, la gastronomie... c’est ma grande passion. Sans doute grâce à ces parents sourds et myopes qui sont d’une génération qui considérait le repas et sa préparation comme un plaisir, un moment partagé et non une contrainte à expédier le plus vite possible.

Au souvenir de ma première histoire d’amour, j’associe le goût des chichis qu’elle vendait sur la plage, à celui des dimanches passés chez mes grands-parents en Auvergne, l’odeur de la potée qui mijotait des heures durant et celle de la fritta m'évoque des voyages en voiture avec mes parents.

La gastronomie n'est pas une religion, c'est de l'amour.

Allez! A table!


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